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Staline et son pouvoir

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Joseph Vissarionovitch Djougachvili, dit Joseph Staline (mot russe signifiant acier) est une personnalité politique d’origine géorgienne, né en 1879  et mort le 5 mars 1953, qui a gouverné l’URSS entre 1929 et 1953, c’est-à-dire jusqu’à sa mort. S’il est célèbre pour ses grands projets tels que les audacieux plans quinquennaux visant à une modernisation extrêmement rapide du pays et pour sa volonté de construire le socialisme dans un seul pays, c’est surtout pour sa gestion du pouvoir, autrement dit sa gestion de l’autorité, de la puissance et des moyens d’action, qu’il est réputé : celle-ci a en effet été ouvertement qualifiée de despotique, presque aussitôt après sa mort au sein même du pays, grâce notamment aux déclarations de son successeur Khrouchtchev. De fait, s’il souhaitait apparaître comme fidèle à la conception léniniste du socialisme, son arrivée au pouvoir marque une véritable rupture dans l’histoire du socialisme soviétique, et initie l’entrée dans l’ère du totalitarisme, malgré le visage démocratique et constitutionnel qu’il souhaitait donner au régime.

Dès lors, comment la gestion du pouvoir par Staline reflète-t-elle  les excès et les contradictions du modèle politique totalitaire ?

 

I : L’accès au pouvoir absolu

A : Une ascension hors du commun

1. Les débuts

Staline débute clandestinement sa carrière politique et se fait arrêter plusieurs fois, notamment à cause de sa participation à des braquages de banques. Il est déporté en Sibérie mais parvient à s’évader. Il participe activement à la Révolution de février 1917 et prend la direction du parti à Petrograd. Il se range du côté des Thèses d’Avril, et son rôle est celui d’un exécutant dévoué de second plan toujours aligné sur les positions de Lénine. Il est ensuite nommé membre fondateur du Politburo à l’été 1917, puis, du fait de son origine géorgienne, nommé Commissaire aux Nationalités. De plus, il joue un rôle important durant la guerre civile russe, où son intransigeance et sa propension à ordonner des exécutions massives se font remarquer. Il  commence déjà à y nouer des relations privilégiées avec la police politique, la Tcheka. Il est ensuite promu au poste de Secrétaire général du Parti (le Parti communiste devenu parti unique), le 3 avril 1922, poste d’apparence secondaire qu’il réussit à rendre incontournable.

2. L’élimination des opposants

Staline s’affirme au sein du parti car il rassure les militants, davantage que Trotski qui présente un profil trop intellectuel. Néanmoins, Lénine, qui entrevoit ses ambitions, se charge d’expliquer dans son testament politique de 1923 qu’il le trouve trop brutal, et propose de le démettre de son poste de secrétaire général tout en marquant sa préférence pour Trotski. Néanmoins, par un jeu d’alliances et de majorités, Staline réussit, avec le soutien de Kamenev et de Zinoviev en 1924-25 à exclure Trotski, qu’il accuse de fractionnisme et de déviationnisme. Ensuite, Staline profite du  rapprochement de Kamenev et de Zinoviev avec Trotski au sein de l’Opposition unifiée pour les faire décliner à des postes secondaires. Il se débarrasse parallèlement de l’opposition à sa droite constituée par Rykov et Boukharine en 1928-29.

B : L’affirmation d’un pouvoir absolu

1. Une logique de clan au service d’un pouvoir personnel

En transformant progressivement le Politburo, organe collégial, en chambre d’enregistrement de ses décisions, et désormais mû par une logique clanique, Staline a deux préoccupations : d’abord affirmer son pouvoir personnel – de nature despotique, fondé sur l’adhésion à sa personne –, et cela au sein d’une administration qu’il exige compétente. Il purge pour cela (pour la première fois en 1929) le parti de ses bureaucrates peu qualifiés et non-inféodés pour les remplacer par des nouveaux cadres staliniens, lui devant tout, ce qui entre en contradiction apparente avec la logique administrative de commandement d’un Etat se voulant moderne. Staline refuse toute délégation de pouvoir aux administrations et développe la conception d’un Etat limité à un groupe restreint : à ce titre les réunions plénières dans le Politburo passent de 85 en 1930 à 2 en 1939 et se déroulent de façon informelle dans son bureau entre lui et quelques proches collaborateurs seulement. Malgré ce qui est affirmé dans la Constitution de 1936, l’URSS ne semble ainsi pas être la plus exemplaire des démocraties.

2.      Un pouvoir interventionniste dans tous les domaines :

-          Sur la police politique, la NKVD : elle est vue comme le meilleur recours pour asseoir son pouvoir personnel : de 1936 à 1938, Iejov, le commissaire du peuple à l’intérieur, est le principal interlocuteur de Staline.

-          Sur les administrations locales : elles sont jugées incompétentes et accusées de sabotage et sont discréditées au profit du centre. Staline contrôle tous les nouveaux dirigeants régionaux, appelés Petits Staline, notamment chargés de mener la politique du Grand Tournant (qui se déroule entre 1929 et 1934).

-          Sur l’ensemble de la société : dans le domaine historique (il réécrit l’Histoire russe à son avantage), les domaines scientifiques, linguistiques, artistiques (il dissout tous les groupes artistiques indépendants en 1932) et moraux (il décide de l’interdiction de l’avortement ou encore diminution de l’âge de la condamnation à mort à 12 ans).

-          Sur tous les pays de la sphère d’influence : à travers la création du Kominform en 1947, Staline exerce une autorité absolue sur tous les partis staliniens des pays d’Europe de l’Est du nouvel empire.

 

II : Les dérives et les contradictions d’un pouvoir totalitaire

A : Le culte de la personnalité

Pour s’assurer de son pouvoir absolu, Staline, qui se fait appeler le Vojd (Guide) et le « petit père des peuples », veille à ce qu’un culte autour de sa personnalité s’instaure, renforcé avec la victoire lors de la guerre, qui lui confère encore davantage de prestige.

1.      Un encensement officiel

-          Dans les Congrès du Parti : il est ovationné, cité, déifié.

-          Lors de ses anniversaires : le 21 décembre 1929 (cinquante ans) en et1949 (soixante-dix ans) en particulier.

-          Dans tout le pays : des rues, des villes, des usines et des fermes sont rebaptisées à son nom.

-          Dans les hymnes nationaux : remplacement de l’Internationale par un chant patriotique mentionnant le nom de Staline.

-          Dans les récompenses officielles : On assiste à la mise en place des prix Staline en 1941 censés remplacés les prix Nobel, tandis que les dirigeants des partis communistes des autres pays sont désignés comme les « meilleurs staliniens » de leur nation: (Maurice Thorez en France).

2.      Un encensement artistique :

-          Dans des poèmes réalisés en sa gloire : (ex Rachimov, « O grand Staline » en 1936).

-          Dans des œuvres artistiques : omniprésence des peintures et des portraits le représentant, parfois au sein même des domiciles russes. Le culte de la personnalité est ainsi appuyé par le réalisme soviétique qui est la doctrine artistique officielle du régime depuis les années 1920.

B : Le traumatisme de la Grande Terreur

La Grande Terreur désigne le massacre initié par Staline en URSS entre août 1937 et novembre 1938 afin de vaincre les ennemis du socialisme, ou selon la terminologie exacte, les « éléments socialement nuisibles ». Plus 1,5 millions de personnes sont arrêtées dont environ 750 000 sont exécutés.

1.      Les purges contre les élites

Si le personnel communiste exécuté dans ces purges ne représente que 7% du total des victimes, c’est bien leur cas qui a été le plus médiatisé. L’assassinat de Kirov, en 1934, constitue l’élément déclencheur de cette entreprise Les grands procès de Moscou en 1936-38 permettent ensuite d’éliminer les derniers anciens dirigeants, amenés à « avouer » des sabotages et des trahisons. Environ 70% des membres du Comité central et 60% des délégués du Congrès auraient été exécutés. Cela permet un renouvellement massif des cadres de l’administration, désormais constitué d’un personnel aux ordres. Ces purges se déclinent également sous forme de petits procès exemplaires de dirigeants locaux, destinés à servir d’exemple, condamnés à mort puis fusillés, le tout sous l’impulsion de Staline en personne.

2.      Les purges contre les masses

Cette réalité est déjà présente lors de la dékoulakisation du début des années 1930, avec la déportation de 2 200 000 paysans, et se renforce avec l’ « opération koulak » en août 1937 qui touche plus de 767 000 personnes, dont 387000 fusillés.  L’objectif est de se débarrasser des éléments « socialement nuisibles » : 24 millions de  personnes sont déportées au goulag, soit un adulte sur cinq. Leur arrestation est souvent due à  la délation, à la pénalisation croissante des comportements sociaux et généralement programmée à partir de quotas prédéfinis et parfois dépassés, qui manifestent la « culture du chiffre » chère à Staline et ses proches.

Les déplacements massifs de population en Sibérie sont également constituent un second volet à ces purges : les Allemands, les Polonais ou les Tchétchènes ont été particulièrement touchés.

3.      Une paranoïa institutionnelle

Les thèses sur la paranoïa personnelle de Staline ont été nombreuses, néanmoins, selon Moshe, c’est la paranoïa institutionnelle qui expliquerait le mieux ces comportements : son obsession du complot et de la trahison l’auraient poussé à se sentir de plus en plus impuissant et menacé alors même que le pouvoir central se renforçait, et l’ont ainsi à mené affirmer son pouvoir personnel. Cette affirmation s’est faite d’une part à travers ces purges, destinées à vaincre de façon préventive toute potentialité d’opposition ou de complot ; d’autre part à travers le cumul incessant de toutes les fonctions, comme en en  1941 lorsqu’il cumule les postes de secrétaire général et de Président du Conseil des commissaires du peuple. Bien entendu, l’efficacité et le bien fondé de la Grande Terreur sont peu évidents : vider le pays de sa population l’affaiblit et le mine davantage qu’elle le régénère : c’est là une contradiction majeure, dans la mesure où ces mesures n’ont en fait eu aucun effet mélioratif sur le sort de la société.

 

Conclusion :

Ainsi, le pouvoir de Staline peut être à la fois qualifié d’absolu, et d’excessif, dans la mesure où son empreinte était présente dans toutes les sphères de la société, sans pour autant répondre à une logique toujours rationnellement défendable. Son pouvoir fut également absolu du fait de l’absence de résistance structurellement organisée, malgré l’hostilité réelle rencontrée dans les campagnes, la désaffection des ouvriers dans les villes, la résistance passive de certaines administrations locales, les différentes formes d’insubordination, ou encore l’imperméabilité de certaines cultures, notamment en ce qui concerne la religion qui connaît un certain renouveau à l’époque : aucune de ces formes de résistance n’a réussi à s’affirmer et à s’opposer à Staline, qui a réussi à balayer de son vivant toute entrave à son omnipotence. De même, si le second stalinisme semble avoir signé un certain relâchement dans la gestion stalinienne du pouvoir, celui-ci cessa aussitôt la fin des hostilités.

Ainsi, le pouvoir de Staline, malgré quelques limites encore timides, correspond bien à un totalitarisme, reposant sur une domination totale, une conception intégriste de la politique l’idéologie, la terreur, l’élimination des opposants et le culte de la personnalité.

 

S. Azmayesh

 

  • Bibliographie :

-          ARON Raymond, Démocratie et totalitarisme, Gallimard, Paris, 1965, 369 pages.

-          BERSTEIN ET MILZA, Histoire du XXe siècle, Hatier, Paris, 1996, 501 pages.

-          TOUCHARD Patrice, Le siècle des excès, PUF, Paris, 1992, 698 pages

-          WERTH Nicolas, La Terreur et le désarroi, Staline et son système, Paris, Perrin, 2007, 614 pages.

-          http://www.laviedesidees.fr/La-Grande-Terreur-en-URSS-1937.html

 

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