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Cyberguerre : de l’importance du choix des mots

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Il y a quelques mois, l’affaire Stuxnet défrayait la chronique. Il était question d’attaques menées contre des systèmes sensibles (illustration de la vulnérabilité des infrastructures critiques face à la menace cybernétique), lancées depuis un Etat vers un autre. Ce qui n’est pas forcément synonyme d’opérations menées par un Etat contre un autre ! L’Iran apparaissait comme la cible désignée, et les pays occidentaux, avec Israël, les coupables pointés du doigt par Téhéran. Affaire de piratage informatique sur fond de crise politique internationale, spectre d’apocalypse nucléaire, tous les ingrédients étaient réunis pour alimenter le discours sur les menaces de la cyberguerre.
Plus récemment l’affaire Wikileaks a porté sur le devant de la scène les partisans d’une forme de lutte contre le pouvoir des Etats. Détournement et divulgation de documents sensibles, scandales… les répercussions ne seront peut-être pas aussi spectaculaires qu’annoncées. Retenons simplement que les médias utilisèrent, une fois de plus, le terme de cyberguerre.
Tout comme il en fut de nouveau question lors des affrontements en Tunisie, puis en Egypte. Dans chacun des cas, les acteurs ont utilisé internet et la téléphonie mobile. Les manifestants, comme d’autres avant eux en Chine ou en Iran, ont eu recours à la téléphonie mobile et aux réseaux sociaux pour s’organiser, dénoncer, critiquer, appeler à manifester, témoigner par les mots et les images, cherchant à entretenir la flamme dans la population et à faire passer leurs messages vers la communauté internationale, afin de déstabiliser le pouvoir en place. De leur côté, les partisans de celui-ci ont pu faire de même, et recourir aux interceptions de communication, aux coupures des réseaux, à la censure. Les autorités ont appris à en restreindre l’utilisation, contraignant les manifestants à trouver ailleurs les outils de leur mobilisation.
N’oublions pas les traditionnelles défigurations de sites par des « hacktivistes » partisans de l’un ou l’autre camp.

la cyberguerre est une dimension de la guerre

Tout ceci n’est finalement pas si nouveau. Nous pourrions même douter des capacités d’un Twitter – ou autre application – à jouer réellement le rôle de « facilitateur de révolutions ». Quoi qu’il en soit, les applications ne conditionnent pas la réussite des soulèvements. Que les révoltes démarrent ou se développent plus facilement à l’aide de ces technologies n’autorise cependant pas à parler de cyberguerre.
Cette notion prête à confusion. Car ellereprésente bien une dimension de la guerre. Et toute forme d’affrontement ou d’attaque, tout acte de violence, individuel ou collectif, n’en est pas nécessairement une.
Si un doute persiste sur la manière de qualifier l’affaire Stuxnet, Wikileaks n’est par contre qu’une pure affaire de délinquance. Dans les contextes tunisien et égyptien, l’utilisation de l’espace ou de la dimension informationnel(le) (dont le cyberespace n’est qu’une composante) à des fins de communication et d’affrontement des idées et des valeurs, devrait plutôt être qualifié d’affrontements dans l’espace informationnel (AEI) ou affrontements dans la dimension informationnelle (ADI). Il me semble important de proposer des concepts aidant à différencier les événements. Dans le monde réel il y a un mot (parfois plusieurs) pour chaque chose. A l’intérieur du cyberespace il doit en être de même : tout n’est pas cyberguerre.
 

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