MAI
La fierté du régime iranien, régulièrement réitérée depuis que Condoleezza Rice et George W. Bush aient lancé un projet de démocratisation du Grand Moyen-Orient, est de mettre en échec cette ambition. Téhéran avait alors lancé un contre-projet consistant à créer un Grand Moyen-Orient Islamique et résistant, une conception défendue et promue par le célèbre Thierry Meyssan.
Mais l’emballement des Iraniens vient de les trahir et de dévoiler le degré de leur ingérence dans la région. Le site libanais « Youkal.net » cite en effet le président Mahmoud Ahmadinedjad selon lequel « le peuple iranien s’est libéré de l’emprise des forces de l’oppression et œuvre pour répandre la justice sur le monde et prépare la venue de l’imam attendu (le Mahdi). De ce fait, l’Iran a une responsabilité historique et de portée internationale... ».
Pour mieux comprendre ces propos, il convient de lire le prêche de l’imam Ahmed Khatami, qui n’a aucun lien de parenté avec l’ancien président réformateur Mohamed Khatami. Ahmed Khatami, membre du Conseil des Experts et imam à Téhéran, a prononcé ce vendredi un prêche un peu précipité qui a dévoilé les ambitions de l’Iran. Il a affirmé que « le Moyen-Orient Islamique s’apprête à se former dans le sillage des événements en Tunisie et à la faveur des violents troubles en Egypte, en Jordanie et au Yémen ». Le prêcheur du vendredi semblait avoir ainsi la certitude que le pouvoir égyptien allait chavirer ce vendredi même. Pour lui, « ces événements sont inspirés de la Révolution iranienne et sont les répliques du séisme que fut cette Révolution, en 1979 ».
Khatami a évoqué « l’échec du concept du Grand Moyen-Orient voulu par les Américains pour être gouverné par les Américains, et où les Israéliens jouent en toute quiétude ». Pour Khatami, « il est vrai qu’un nouveau Moyen-Orient est en gestation, mais il est articulé autour de l’islam. Ce qui s’est passé en Tunisie et ce qui se déroule en Egypte n’a rien à voir avec les problèmes économiques et politiques, mais il s’agit d’une contestation alimentée par les aspiration religieuses de la population. Les médias occidentaux ont tenté de donner aux événements une dimension économique et de les attribuer à l’absence de la démocratie. Mais la première chose que les Tunisiens ont fait après la fuite du dictateur est d’aller prier à la mosquée. Le même phénomène se propage dans les autres pays de la région ».
Certes, Khatami n’a pas avoué que l’Iran y travaille depuis des années, à travers le financement des conversions au chiisme (Maroc, Nigeria, Egypte, Algérie, Soudan, Syrie...), des investissements tous azimuts (des usines au Sénégal et en Syrie, des écoles et des centres culturels dans tous les pays...), et à travers l’exportation de la révolution iranienne via les sections du Hezbollah [Cliquez ici pour comprendre l’infiltration chiito-hezollahie en Afrique et dans le Golfe]... Mais Khatami l’a pensé tellement fort que le président Moubarak, et plusieurs autres responsables égyptiens l’ont entendu. Ils ont affirmé, cette nuit, que les troubles ont été provoqués pour déstabiliser le plus grand pays de la région. Il va sans rappeler le démantèlement de plusieurs réseaux du Hezbollah en Egypte, ni les soupçons sur l’implication des islamistes palestiniens financés par l’Iran dans les attentats d’Alexandrie et de Charm El-Cheïkh.
Si, comme le veut la logique, Moubarak parvient à résorber la colère de la rue, à tenir ses promesses de réformes et à redresser son pays, rien ne l’empêchera alors de riposter douloureusement aux multiples tentatives iraniennes.


