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À peine 48 heures après la chute du président égyptien Hosni Moubarak, on se prépare également à manifester à Téhéran.
Malgré le refus des autorités d’accorder au mouvement vert(couleur de l’opposition en Iran)l’autorisation de manifester demain en solidarité avec les peuples tunisiens et égyptiens, un site des plus grands sites d’oppositions vient de publier un communiqué appelant tout de même le peuple à descendre dans la rue.
Un groupe d’opposition proche du mouvement vert, baptisé le “Conseil de coordination du Chemin vert de l’espoir”, vient en effet de publier sur le site MirHossein Moussavi, l’un des leaders de l’opposition, un communiqué défiant le gouvernement iranien.
“L’article 27 de la constitution iranienne garantissant le droit de manifester (…), le ministère (de l’Intérieur) doit immédiatement informer le public de toutes les mesures prises pour assurer la sécurité des citoyens et la tenue pacifique des manifestations”, indique ainsi le communiqué. Et celui-ci joue la carte de la finesse, spécialité perse, en prenant le Régime à son propre piège.
“Un refus déshonorerait gouvernement iranien tant sur le plan national qu’international, et qu’il contredirait sa déclaration officiel selon laquelle il soutien les mouvements populaires de Tunisie et d’Égypte“, insiste le groupe d’opposants.
Les révoltes tunisiennes et égyptiennes ont donné lieu à une véritable passe d’armes entre le Régime et l’opposition, chaque camp revendiquant la paternité des révoltes qui secouent actuellement la région.
« Tout ce dont nous sommes témoins dans les rues de Tunis, de Sanaa (Yémen), du Caire, d’Alexandrie et de Suez trouve son origine dans les manifestations de millions (de personnes) à Téhéran en juin 2009 », avait affirmé il y a deux semaines l’opposant MihrHossein Moussavi, sur son site Kaleme.
“Ne reculez pas avant l’instauration d’un régime populaire fondé sur la religion”, a rétorqué l’ayatollah Khamenei lors d’un sermon prononcé en lors de la prière du vendredi à l’université de Téhéran, comparant les événements secouant actuellement l’Égypte à la Révolution iranienne de 1979.
Interrogé par la BBC place Tahrir à l’annonce de la chute de Moubarak vendredi, un manifestant égyptien a démenti les propos de l’Ayatollah, affirmant au contraire que cette révolution “n’avait rien d’islamique” et était “populaire. Il a en outre déclaré que le prochain pays à en subir les effets serait probablement l’Iran.
Pour la première fois en un an et l’échec de la mobilisation du 11 février 2010, un communiqué de l’opposition s’adresse directement au peuple et lui donne des directives, signe que cette journée pourrait relancer le mouvement de contestation en Iran, qui peine à se faire entendre depuis cette même date.
Ainsi, la seconde partie du communiqué annonce:
“Le peuple noble d’Iran et les membres du mouvement vert doivent participer à cette manifestation pacifique avec calme et détermination, et ne doivent en aucune circonstance autoriser les agents infiltrés de ceux qui recherchent la violence à miner les manifestations avec leur comportement agressif”. L’appel se conclut ainsi:
“Notre promesse, rendez-vous le lundi 14 février 2011, 15 heures, à Téhéran, de la place Imam Hossein à la place Azadi”.
Samedi, le ministère iranien de l’Intérieur a interdit toute manifestation de l’opposition, la qualifiant d’”illégale”. En effet, les autorités iraniennes craignent que ce rassemblement de soutien à l’Égypte et à la Tunisie, ne soit en réalité détourné en manifestation anti-Ahmadinejad, comme ce fut le cas pour toutes les journées officielles fin 2009.
Le procureur général de Téhéran, Abbas Jafari Dolatabadi, a d’ailleurs mis en garde. “La police et les autres organes feront leur devoir au cours des prochains jours”, a-t-il prévenu.
Mais la récente vague d’arrestation menée dans les milieux de l’opposition, estimées à une vingtaine de personnes au cours des derniers jours, selon les sites de l’opposition, pourrait trahir les craintes du gouvernement vis à vis de la journée de lundi.
“Ces derniers jours, des actions ont été menées par les chefs de la sédition (façon dont est nommée l’opposition iranienne, qui ne remet pourtant pas en cause le Régime islamique). La police et les autres organes compétents ont fait leur devoir. Ces personnes ont été arrêtées pour des raisons de sécurité”, a affirmé M. Jafari Dolatabadi.
Mehdi Karoubi, autre grande figure de l’opposition, est lui assigné à résidence depuis jeudi, sans accès à aucun moyen de communication, ni à ses proches(hormis sa femme).
Il est intéressant de signaler que malgré le soutien officiel affiché par le Régime aux révoltes égyptiennes, l’Iran a décidé de brouiller le service en persan de la BBC depuis jeudi soir, “probablement en raison de l’impact de la couverture des manifestations en Égypte”, a indiqué la BBC dans un communiqué.
Pourtant, l’Iran a estimé hier que les Égyptiens avaient obtenu une “grande victoire”, après l’annonce de la démission du président Hosni Moubarak. “Ce que la grande nation égyptienne a obtenu, par sa volonté, malgré la résistance(…) des responsables qui dépendaient des grandes puissances, est une grande victoire”, a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Ramin Mehmanparast, à la chaîne de télévision iranienne arabophone Al-Alam.
“Nous appelons le gouvernement iranien à accorder aux Iraniens le même droit universel à se rassembler pacifiquement, à manifester et à communiquer, que celui qui s’est exercé au Caire”, a déclaré dans la foulée Tom Donilon, le conseiller à la sécurité nationale auprès du président Obama, dans un communiqué.
La mobilisation prenait de l’ampleur dimanche sur Facebook, avec près de 49 000 personnes ayant rejoint le groupe 25 bahman (14 février), et la création d’une marche virtuelle de millions de participants sur le net en solidarité avec les manifestants iraniens. De nombreux internautes, tant en Iran qu’à l’étranger, ont également changé leur photo de profil en affiche “25 bahman” appelant à manifester demain.
Pendant ce temps en Iran, les mots “25 bahman” fleurissent depuis plusieurs jours sur le billets de banque, murs et autres cabines téléphoniques… Malgré des rumeurs évoquant la coupure d’Internet et des portables, les communications étaient toujours opérationnelles cet après-midi dans tout le pays, même si des rondes d’hélicoptères sur la capitale laissaient présager d’un vaste regroupement policier pour demain.


