LeMonde
Le doute s’était installé parmi certaines élites politiques et intellectuelles : le Mouvement iranien né de la réélection frauduleuse de Mahmoud Ahmadinejad à la Présidence de la République islamique est-il toujours vivant ?
C’est la question à laquelle il fallait en premier répondre, le doute qu’il fallait absolument dissiper. Les Iraniens ont démontré ce 14 février 2010 que leur mouvement de contestation n’était pas mort, que leur mouvement dépendrait du soutien que lui apporterait la communauté internationale. À l’instar des appels incessants à quitter le pouvoir adressés aux Présidents Ben Ali et Moubarak par l’Europe et les États-Unis, le peuple iranien réclame que ses revendications démocratiques soient entendues et amplifiées. Il ne pourra jamais, plus que tout autre peuple, se dispenser d’un tel soutien politique que seuls les pays démocratiques peuvent lui apporter. C’est le message envoyé par le peuple iranien en ce 14 février.
La réussite de cette mobilisation qui a rassemblé plusieurs centaines de milliers d’Iraniens à travers l’Iran résulte en effet de l’espoir que ce soutien leur sera apporté comme il l’a été à l’égard des Tunisiens et des Égyptiens. Cette ligne adoptée par les Occidentaux lors des évènements traversés par les deux pays arabes les oblige désormais à l’égard de la République islamique. Il faut en effet se souvenir de l’insistance du Président Obama à œuvrer en faveur d’une reprise des relations directes entre les États-Unis et la République islamique, malgré le fait que cette main tendue aux dirigeants du régime s’inscrivait dans un contexte où la révolte n’était encore née. Les conséquences politiques et la répression issues des émeutes postélectorales n’avaient alors pas suffi au Président américain pour l’encourager à engager une nouvelle politique iranienne et donner une réponse autre que l’assourdissant silence qu’il avait opposé au peuple iranien et à ses revendications.
« Nous souhaitons la même chance à l'opposition et aux personnes courageuses qui sont descendues dans la rue à travers l'Iran que celle qu'ont su saisir leurs homologues égyptiens la semaine dernière » déclarait tout de même la secrétaire d'État américain, Hillary Clinton, commentant les manifestations iraniennes du 14 février.
Il semblerait que le renversement de la République islamique auquel aspire le peuple iranien soit jugé comme inéluctable même par les puissances de la région qui ne peuvent toutefois aujourd’hui que s’aligner sur une position consistant à inciter la République islamique à procéder à des réformes institutionnelles profondes si elle souhaite se maintenir.
Le Président Turque Abdullah Gül venu en visite le 13 février 2010 à Téhéran pour resserrer les liens économiques qui unissent l’Iran à la Turquie a en effet déclaré, sans viser explicitement la République islamique : « Il faut réaliser des réformes radicales afin de pouvoir répondre aux attentes du peuple. Parfois le peuple exige ce que les leaders et les administrations ne parviennent pas à faire. Quand les leaders n'arrivent pas à assumer leurs responsabilités, c'est le peuple qui se charge du leadership. Ce que nous souhaitons après tous ces développements, c'est que les peuples sortent, avec leur honore et plus heureux, de ce processus ».
Ces premiers commentaires fort encourageants attestent de l’attention désormais portée à l’égard de l’Iran. On peut croire que les évènements tunisiens et égyptiens ont enfin convaincu que le soutien apporté aux peuples contre les régimes qui les oppriment peut offrir des solutions de sortie de crise plus sereines.
On savait l’option militaire sérieusement envisagée par les puissances occidentales contre le programme nucléaire de la République islamique. Espérons que l’alternative démocratique sera désormais privilégiée par la communauté internationale et considérée comme la seule capable de présenter les meilleures garanties d’une transition politique pacifique et salvatrice.


