AFP
KABOUL - La force internationale de l'Otan en Afghanistan (Isaf) surveille le soutien que donne, selon elle, l'Iran aux insurgés islamistes afghans, même si ce problème est moins aigu que côté pakistanais, a déclaré lundi à Kaboul un haut responsable de l'Isaf.
Les Iraniens "donnent" aux rebelles "un nombre limité de munitions, des composants pour fabriquer des bombes artisanales, des roquettes, des lance-roquettes, par l'intermédiaire de réseaux bien établis, à travers leur frontière" avec l'Afghanistan, a affirmé à des journalistes le chef d'état-major adjoint de l'Isaf, le contre-amiral américain Gregory Smith.
La République islamique d'Iran, hostile à la présence de troupes américaines dans son voisinage aussi bien en Irak qu'en Afghanistan, "veut être partie prenante" de ce qui se passe dans sa région, a-t-il analysé.
Aussi "constitue-t-elle des réseaux" actifs en Afghanistan, malgré la vieille animosité entre chiites, la confession de la grande majorité des Iraniens, et sunnites, celle de la plupart des talibans afghans.
Les Iraniens donnent ainsi à des groupes afghans "un peu d'entraînement, et quelque appui financier, en plus de munitions". Ce soutien iranien est toutefois moins important que celui de Téhéran aux chiites irakiens, a reconnu l'officier américain.
"Nous savons que les talibans", dont le réseau Haqqani, "en voudraient bien davantage" et que, s'ils le décidaient, les Iraniens "pourraient le leur apporter instantanément", a-t-il observé.
Aussi "n'est-ce pas aujourd'hui une préoccupation essentielle" pour les forces dirigées par l'Otan en Afghanistan, au contraire des mouvements entre l'Afghanistan et les zones tribales frontalières du nord-ouest du Pakistan, une des principales bases arrière des talibans, a-t-il indiqué.
Le contre-amiral Smith a semblé déplorer cette situation, car, a-t-il souligné, "l'Iran soutient le peuple afghan" dans certains secteurs en coopérant avec le gouvernement du président Hamid Karzaï. En octobre dernier, M. Karzaï avait admis que son administration recevait des "sacs d'argent" du gouvernement iranien, affirmant qu'il s'agissait d'une "aide officielle" transparente.
Estimant que la politique afghane de l'Iran peut être en partie "néfaste", le contre-amiral Smith a appelé Téhéran à "faire son choix" en soulignant que "la déstabilisation de l'Afghanistan n'est pas bonne pour l'Iran".
Par ailleurs, l'attitude équivoque de Téhéran est sans doute ce qui empêche toute collaboration officielle entre l'Iran et l'Isaf dans la lutte contre le trafic d'opium et d'héroïne provenant d'Afghanistan, a-t-il laissé entendre.
"Nous n'avons aucune raison de nous en cacher et nous suivons les intentions à plus long terme de l'Iran", a conclu l'officier.
Les 140.000 soldats américains et de l'Otan déployés an Afghanistan doivent commencer dans les prochaines semaines à transférer aux forces afghanes le contrôle de la sécurité du pays. Ce processus, censé s'achever à la fin 2014, pourrait notamment commencer dans l'ouest, frontalier de l'Iran.


